Soirée-débat « La crise de la biodiversité, terrestre et marine » suivie de la projection du film « L’odyssée de la biodiversité »

Une initiative de la Sous-Commission « Sciences exactes et naturelles »

 

Soirée-débat « La crise de la biodiversité, terrestre et marine »

suivie de la projection du film « L’odyssée de la biodiversité »

 Le 26 septembre à 17.00 – Au Caméo

 

Formulaire d’inscription à retourner avant le 21 septembre 2020 à f.amer@wbi.be


 

La crise climatique, par son urgence, tend à occulter la crise de la biodiversité. Pourtant, la crise de la biodiversité est tout aussi dramatique, urgente, et tout aussi lourde de conséquences pour l’avenir de l’humanité.

Vous avez dit « Biodiversité » ?

La biodiversité peut être envisagée à plusieurs niveaux : les individus, les espèces, les écosystèmes. A chacun de ces niveaux, la diversité est un facteur de durabilité. La diversité génétique ou individuelle contribue largement à la survie des populations, en cas de maladie notamment. La diversité des espèces et leurs complémentarités fonctionnelles conduisent à la durabilité des écosystèmes particuliers. La diversité des écosystèmes participe de la robustesse de l’écosystème Terre.

Cette biodiversité est évolutive. Les scientifiques se réfèrent à la fois aux théories de l’évolution et aux recherches en archéobiologie pour montrer que les écosystèmes eux-mêmes ont largement évolué. On parle de cinq phases d’extinction qui ont profondément modifié les répartitions des diverses populations et ont été à l’origine de bouleversements considérables dans l’évolution des espèces. Ces extinctions étaient sans doute liées à des modifications accidentelles de l’environnement physique : météorites, activité volcanique, explosion d’une supernova… La cinquième extinction, la plus récente qui date du Crétacé-tertiaire voici 65 millions d’années, a conduit à la disparition des dinosaures et au développement des espèces mammifères.

Une sixième extinction en cours

Les scientifiques parlent actuellement d’une sixième extinction, liée à l’activité
humaine. Le dernier rapport de l’IPBES (la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques, le « GIEC pour la biodiversité ») parle de preuves accablantes et inquiétantes du déclin de la biodiversité.

Quelques chiffres

Sur les 8 millions d’espèces animales et végétales sur Terre (dont 5,5 millions d’insectes), environ 1 million sont aujourd’hui menacées d’extinction. Plus d’un demi-million d’espèces terrestres peuvent d’ores et déjà être considérées comme des espèces « mortes ambulantes » si leurs habitats ne sont pas restaurés rapidement. Plus de 40% des espèces d’amphibiens, près de 33% des récifs coralliens et des requins, plus d’un tiers de tous les mammifères marins et plus de 40 % des oiseaux marins sont menacés.

Les experts estiment que près d’un tiers de la superficie forestière mondiale a disparu par rapport à l’ère préindustrielle. Parallèlement, la récolte de bois brut a augmenté de 45 %. À titre d’exemple, entre 1980 et 2000, ce sont 100 millions d’hectares de forêt tropicale qui ont été perdus, dont environ 42 millions en Amérique latine (principalement à cause de l’élevage du bétail) et environ 7,5 millions en Asie du Sud-Est (à 80 % pour l’huile de palme, que l’on utilise principalement pour l’alimentation, les combustibles, les produits cosmétiques et d’entretien).

Les effets pervers de l’agriculture intensive sont mis en évidence. La valeur de la production agricole a augmenté d’environ 300 % depuis 1970, mais la dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale.

Les principaux stocks de poissons marins disparaissent en raison de la surpêche. Ainsi, en 2015, 33 % des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non durables, 60 % au niveau maximum de pêche durable, et seulement 7 % à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable. Par ailleurs, à cause des engrais, 400 zones mortes se sont développées dans les océans, ce qui représente environ 245.000 km2, soit une superficie totale supérieure à celle du Royaume-Uni ; ce phénomène est en expansion rapide.

Comment réagir ?

Le rapport IPBES identifie 5 facteurs responsables directs de changements affectant la nature et ayant les impacts les plus forts à l’échelle mondiale, par ordre d’importance décroissante : les changements d’usage des terres et de la mer, l’exploitation directe de certains organismes, le changement climatique, la pollution, les espèces exotiques envahissantes.

Pour l’IPBES, par conséquent, il s’agit de mettre en place une planification intégrative en faveur de la biodiversité, de diminuer nos sources de pollution et les conséquences environnementales de la pêche, de coordonner les législations locales, nationales et internationales et de réduire notre consommation.

Le rapport insiste sur la nécessité de changer les modes de production et de développer des chaines alimentaires moins nocives pour la nature. Il suggère l’adoption d’un autre modèle politique et économique conduisant à des transformations dans les domaines de l’économie, de la société, de la politique et de la technologie. En d’autres termes, il s’agit de viser un changement systémique.

Quel monde souhaitons-nous ?

Toutes ces analyses reposent sur un rapport fonctionnel à la nature. La nature est à la disposition de l’humain. Il s’agit de viser un fonctionnement écosystémique qui assure la survie de l’humanité.

Les études montrent également que d’autres cultures s’inscrivent dans un rapport plus intégratif à la nature et développent des savoirs dits traditionnels. Même au sein de notre culture moderne, la question du respect de la nature pour elle-même a tout son sens. La disparition d’une espèce n’est pas regrettable uniquement du point de vue du fonctionnement de l’écosystème. Une espèce fait partie du patrimoine commun de l’humanité, à un titre analogue aux oeuvres d’arts ou aux grandes réalisations technologiques.

La question est de savoir si nous voulons un monde non seulement vivable pour l’humain, mais un monde où il y ait place pour la reconnaissance d’une nature digne de respect.

La réponse de l’UNESCO

La décennie 2011-2020 ayant été décrétée Décennie des Nations Unies pour la biodiversité, l’UNESCO ne pouvait manquer d’y apporter sa contribution.

L’UNESCO est d’ailleurs l’un des principaux partenaires institutionnels de l’IPBES au sein du système des Nations Unies.
Indépendamment de ses activités de longue date menées en lien plus ou moins direct avec ces différentes questions, comme les divers travaux de la Commission océanographique intergouvernementale, le Programme international de géosciences et de géoparcs, ou encore le Programme sur l’Homme et la biosphère et le Réseau mondial de réserves de biosphère, l’UNESCO a, en outre, récemment développé un certain nombre d’outils plus particulièrement consacrés à la protection de la biodiversité.

Ainsi fut réalisé, en 2017, un kit pédagogique sur la biodiversité, en deux volumes, le premier contenant une multitude d’explications sur la biodiversité, tandis que le second regroupe une série d’activités que les enseignantes et enseignants peuvent réaliser avec leurs élèves.

On citera également le guide « L’engagement de l’UNESCO en faveur de la biodiversité : rapprocher les humains de la nature pour un avenir prometteur », publié en 2018.

Enfin, l’UNESCO a lancé en 2019, lors du Sommet des Nations Unies sur le climat, un programme mondial de formation de 200.000 jeunes sur le climat et la biodiversité, avec pour objectif 2 millions de jeunes formés d’ici 2030.

Autant d’initiatives témoignant de l’implication totale de l’Organisation dans l’élaboration, en commun, de solutions à la crise de la biodiversité, terrestre et maritime.